Le Petrykivka, un art ancestral ukrainien, est bien plus qu’une simple peinture décorative. C’est le reflet vibrant d’une âme, d’une histoire, d’une résilience. Inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO en 2013, cet art floral exubérant, originaire du village de Petrykivka dans l’oblast de Dnipropetrovsk, continue de captiver par sa beauté et sa profondeur symbolique. Aujourd’hui, alors que l’Ukraine traverse une période des plus sombres, ses artisans, dispersés à travers le monde, deviennent les gardiens et les ambassadeurs de cette flamme culturelle. Natalia Bondarenko est l’une de ces sentinelles. Installée à Lyon depuis 2019, cette artiste diplômée de l’École d’arts appliqués de Dnipro incarne la force de la tradition face à l’adversité. Spécialisée dans l’application du Petrykivka sur céramique et sur soie, elle tisse un lien indéfectible entre son héritage et sa nouvelle terre d’accueil, transformant chaque coup de pinceau en un acte de préservation et d’espoir. Son parcours, entre racines ukrainiennes profondes et adaptation française, est un témoignage poignant de la manière dont l’art peut devenir un pont, un refuge et un cri d’existence face aux tumultes de l’histoire. Pour mieux comprendre les racines de cet art unique, découvrez le guide complet sur la peinture Petrykivka.


Fiche biographique — Natalia Bondarenko

  • Formation : Diplômée de l’École d’arts appliqués de Dnipro, Ukraine (2012).
  • Spécialité : Peinture Petrykivka sur vaisselle céramique et sur soie.
  • Installation à Lyon : 2019.
  • Pratique : 14 ans d’expérience dans l’art du Petrykivka.

L’entretien

Question 1 : Comment avez-vous commencé à pratiquer le Petrykivka à Dnipro ?

Mon histoire avec le Petrykivka a débuté très tôt, presque avant même que je n’en aie conscience. Je suis née et j’ai grandi à Dnipro, une ville qui n’est pas très loin du village de Petrykivka lui-même, berceau de cet art. Dans notre région, le Petrykivka n’était pas seulement une discipline artistique enseignée dans des écoles, c’était une partie intégrante de notre environnement quotidien, de nos maisons. Les motifs étaient partout : sur les murs des isbas traditionnelles, sur les meubles, sur la vaisselle de nos grands-mères. Dès mon plus jeune âge, j’étais fascinée par ces couleurs vives, ces fleurs exubérantes qui semblaient danser sur le bois ou la céramique. Ma grand-mère elle-même aimait peindre des petits motifs pour décorer notre maison, et c’est elle qui m’a mis un pinceau rudimentaire entre les mains pour la première fois. Je me souviens de ces après-midi passés à observer ses gestes précis, à sentir l’odeur des pigments naturels. C’était un jeu, mais un jeu sérieux, empreint de respect pour une tradition millénaire. Plus tard, cette passion enfantine s’est transformée en une vocation plus formelle. J’ai eu la chance d’intégrer l’École d’arts appliqués de Dnipro, où j’ai pu approfondir ma connaissance de cet art sous la tutelle de maîtres qui avaient eux-mêmes appris des légendes du Petrykivka. C’est là que j’ai véritablement appris la technique, l’histoire, la symbolique. Mais au-delà des cours, c’est l’âme de cet art, son lien profond avec notre identité ukrainienne, qui m’a le plus marqué et qui continue de m’animer chaque jour. Le Petrykivka n’est pas seulement une technique, c’est une manière de voir le monde, de célébrer la vie et la beauté de notre terre.

Question 2 : Décrivez la technique du Petrykivka — le pinceau en poil de chat, les pigments, le fond blanc ?

La technique du Petrykivka est incroyablement spécifique et c’est ce qui lui confère son caractère unique. Au cœur de cette technique réside un outil essentiel : le pinceau « koshachka », ou « petit chat ». C’est un pinceau fait à la main avec des poils de chat, généralement prélevés sur le flanc d’un chaton, car leurs poils sont d’une souplesse et d’une finesse inégalées. Ce pinceau est capable de retenir une quantité surprenante de pigment tout en permettant une précision extrême, essentielle pour créer les « grains de riz » et les fines arabesques caractéristiques. Un bon « koshachka » est le prolongement de la main de l’artiste. Pour les pigments, traditionnellement, nous utilisions des couleurs naturelles, issues de jus de plantes (comme la betterave pour le rouge), de baies, de terres colorées ou même de suie pour le noir. Aujourd’hui, bien sûr, nous utilisons des peintures acryliques ou à l’huile de haute qualité qui permettent une meilleure durabilité et une plus grande intensité, mais l’esprit de la palette reste fidèle aux couleurs vives et franches de la nature ukrainienne. Le fond blanc est une autre caractéristique emblématique. Historiquement, le Petrykivka était peint sur les murs blancs chaulés des isbas, les maisons rurales ukrainiennes. Ce fond immaculé permettait aux couleurs éclatantes des motifs floraux de ressortir avec une puissance incroyable, comme une explosion de vie et de joie sur la toile vierge. Il symbolise la pureté, la lumière, et offre une scène parfaite pour la danse des fleurs et des oiseaux. Enfin, la technique repose sur des coups de pinceau fluides, sans lever le pinceau du support, créant des formes organiques et des dégradés de couleurs subtils avec une seule charge de peinture. C’est une danse entre la main, le pinceau et la couleur, où chaque geste est réfléchi mais aussi intuitif.

Mains de Natalia Bondarenko peignant des motifs Petrykivka floraux à main levée sur une assiette blanche

Question 3 : Quelle est la symbolique des motifs floraux — kalyna, tournesol, oiseaux ?

Chaque élément du Petrykivka est imprégné d’une symbolique profonde, enracinée dans la culture et l’histoire ukrainiennes. Ce ne sont pas de simples décorations ; ce sont des messages, des prières, des vœux de protection et de prospérité. La kalyna, le viorne obier, est sans doute le motif le plus sacré et le plus reconnaissable. Ses baies rouges vives et ses feuilles délicates sont un symbole national de l’Ukraine. Elle représente la beauté de la jeune femme, la pureté, la féminité, mais aussi la résilience et la continuité du lignage familial. On dit que là où pousse la kalyna, il y a la vie et l’espoir. C’est un arbre qui résiste, qui renaît chaque printemps, un peu comme notre peuple. Le tournesol, quant à lui, est un autre emblème puissant. Avec ses pétales jaunes éclatants et son cœur sombre, il incarne le soleil, la vie, la chaleur, la prospérité et la fertilité de la terre ukrainienne. Il symbolise également l’orientation vers la lumière, l’optimisme et la fidélité. C’est une fleur qui évoque la richesse de nos champs et la générosité de notre sol. Quant aux oiseaux, ils sont des messagers du ciel, porteurs de bonnes nouvelles, de paix et de liberté. Souvent représentés en couple, ils symbolisent l’amour, l’harmonie familiale et la fidélité. Ils sont aussi considérés comme les âmes des ancêtres veillant sur la maison. Chaque motif est un fragment d’une histoire plus grande, une connexion avec nos racines et nos croyances. En peignant ces symboles, nous ne faisons pas que décorer ; nous perpétuons une sagesse ancestrale, nous invoquons la protection et nous célébrons la vie dans toute sa splendeur. Ces motifs se retrouvent aussi dans les traditions brodées et textiles slaves, prouvant la richesse et la transversalité de notre patrimoine culturel.

Question 4 : Comment s’est passée votre installation à Lyon en 2019 ?

Mon installation à Lyon en 2019 a été une étape majeure et un véritable tournant dans ma vie, à la fois personnelle et professionnelle. Avant cela, j’avais déjà eu l’occasion de voyager et de participer à des expositions en Europe, mais m’installer de manière permanente dans un pays étranger était une toute autre aventure. J’ai choisi Lyon pour plusieurs raisons. D’abord, son riche patrimoine culturel et artistique m’attirait énormément. C’est une ville qui respire l’histoire et la créativité, ce qui me semblait être un terreau fertile pour mon art. Ensuite, j’avais des amis et des connaissances qui y vivaient déjà, ce qui a facilité mon intégration. Les débuts ont été, comme on peut l’imaginer, un mélange d’excitation et de défis. La barrière de la langue a été le premier obstacle, même si je parlais un peu français. Il a fallu s’adapter à une nouvelle culture, de nouvelles coutumes, une nouvelle bureaucratie. J’ai dû recréer tout mon environnement de travail, trouver un atelier, m’approvisionner en matériaux spécifiques. Au début, il était difficile de faire connaître le Petrykivka. C’est un art peu connu en France, et il a fallu beaucoup d’explications, de démonstrations, d’expositions pour éveiller la curiosité. J’ai commencé par des marchés d’artisans locaux, de petites galeries, des événements culturels. La réaction des Lyonnais a été très encourageante. Ils étaient fascinés par les couleurs, par l’histoire derrière chaque pièce. J’ai ressenti un grand intérêt pour l’authenticité et l’exotisme de mon art. Peu à peu, j’ai commencé à construire mon réseau, à rencontrer d’autres artisans, à tisser des liens avec la communauté locale et la diaspora ukrainienne de la région. Ce fut un processus lent mais gratifiant, où chaque petite victoire renforçait ma détermination à faire rayonner le Petrykivka ici, loin de ses terres d’origine.

Question 5 : Comment la guerre de 2022 a-t-elle affecté votre travail et votre visibilité ?

La guerre de 2022 a été un choc indicible, une onde de douleur et d’angoisse qui a tout bouleversé. Au début, j’étais paralysée. Comment continuer à créer de la beauté quand mon pays saigne, quand ma famille et mes amis sont en danger ? L’inspiration semblait s’être envolée, remplacée par une tristesse profonde et une impuissance écrasante. Pendant plusieurs semaines, mes pinceaux sont restés secs. Mais très vite, j’ai compris que rester inactive n’était pas une option. Le Petrykivka n’est pas seulement un art, c’est une part de l’âme ukrainienne. Le préserver, le montrer au monde, c’est résister, c’est affirmer notre existence, notre culture, notre identité. C’est devenu un acte de résilience. J’ai ressenti une urgence à peindre, à parler, à transmettre. Paradoxalement, cette tragédie a aussi eu un impact inattendu sur la visibilité de mon travail. Soudain, le monde entier a tourné les yeux vers l’Ukraine. Les gens ont cherché à comprendre, à soutenir, à se connecter avec notre culture. Le Petrykivka, en tant qu’expression artistique emblématique de l’Ukraine, a naturellement suscité un intérêt accru. J’ai été contactée par des médias, des galeries, des associations. Mes pièces ont commencé à être perçues non seulement comme de l’art, mais comme des symboles de solidarité, d’espoir et de résistance. J’ai multiplié les ateliers, les expositions caritatives pour récolter des fonds pour l’Ukraine. Cette période a été épuisante émotionnellement, mais elle a aussi renforcé ma mission. Je suis devenue, malgré moi, une ambassadrice de mon pays à travers mon art. C’est une responsabilité lourde mais que j’assume avec fierté, car chaque fleur peinte est un hommage à l’Ukraine et un souhait ardent de paix. La guerre a été une rupture, mais aussi un catalyseur, propulsant l’artisanat ukrainien sur la scène internationale, comme on peut le voir avec la renaissance de l’artisanat ukrainien en 2026.

Question 6 : Comment la demande occidentale pour le Petrykivka a-t-elle évolué depuis 2022 ?

L’évolution de la demande occidentale pour le Petrykivka depuis 2022 a été spectaculaire et profondément émouvante. Avant la guerre, mon travail attirait un public de connaisseurs, d’amateurs d’artisanat slave ou de personnes ayant un lien personnel avec l’Ukraine. C’était un marché de niche, où la découverte se faisait souvent par le bouche-à-oreille ou lors d’expositions spécialisées. Mais après février 2022, tout a changé. Il y a eu une véritable explosion de l’intérêt. La demande n’est plus seulement esthétique, elle est aussi émotionnelle et solidaire. Les gens en Occident, et particulièrement en France, ont cherché à soutenir l’Ukraine de toutes les manières possibles, et l’achat d’œuvres d’art ukrainiennes en est devenu une. Acheter une pièce de Petrykivka, c’est acquérir un fragment de l’âme ukrainienne, un témoignage de sa richesse culturelle et de sa résilience. C’est aussi un geste de soutien direct aux artistes qui, comme moi, se battent pour préserver cet héritage. J’ai vu des commandes affluer de partout : des particuliers souhaitant décorer leur intérieur avec une touche ukrainienne, des entreprises voulant offrir des cadeaux symboliques, des associations organisant des ventes au profit de l’Ukraine. Ce n’était plus seulement des assiettes ou des vases ; on me demandait des toiles, des boîtes, des bijoux, même des vêtements en soie peints. La visibilité a explosé grâce aux réseaux sociaux et aux articles de presse qui ont mis en lumière notre culture. Cela a créé une prise de conscience collective de la beauté et de la singularité de l’artisanat ukrainien. Les gens veulent non seulement posséder une belle pièce, mais aussi entendre l’histoire derrière, comprendre la symbolique. C’est une manière de se connecter, de montrer son soutien et de garder l’espoir vivant. Cela me rappelle l’importance des broderies protectrices de la tradition slave qui, au-delà de leur beauté, portaient aussi des messages de protection et d’espoir.

Question 7 : Comment transmettez-vous le Petrykivka aux enfants franco-ukrainiens à Lyon ?

La transmission du Petrykivka aux jeunes générations, en particulier aux enfants franco-ukrainiens ici à Lyon, est devenue l’une de mes missions les plus chères et les plus importantes. Dans le contexte actuel, c’est une façon de maintenir vivante la flamme de notre culture, de leur donner des racines solides malgré la distance et les bouleversements. J’organise des ateliers réguliers, souvent le week-end, dans des centres culturels ou des associations ukrainiennes locales. L’approche est ludique et adaptée à leur âge. Je commence toujours par raconter l’histoire du Petrykivka, d’où il vient, ce qu’il représente pour l’Ukraine. Je leur montre des exemples, des pièces traditionnelles, et je leur explique la symbolique des motifs — la kalyna, le tournesol, les oiseaux. Ensuite, nous passons à la pratique. Je leur apprends les gestes de base, comment tenir le pinceau « koshachka », comment créer les fameux « grains de riz » ou les pétales de fleurs avec un seul mouvement. C’est fascinant de voir leurs yeux s’illuminer, leur concentration, leur fierté lorsqu’ils réussissent leurs premiers motifs. Pour beaucoup de ces enfants, c’est un lien tangible avec leur héritage, une manière de se sentir connectés à leurs parents, à leur pays d’origine, même s’ils grandissent en France. Cela les aide à construire leur identité biculturelle. Ils mélangent parfois des éléments de leur environnement français avec les motifs traditionnels, ce qui donne des résultats très créatifs et personnels. Au-delà de l’apprentissage technique, ces ateliers sont des moments de partage, de rires, où ils peuvent parler ukrainien, écouter des chants traditionnels et simplement être ensemble, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance à une communauté. C’est un moyen de semer les graines de l’amour pour leur culture, en espérant qu’elles fleuriront et perdureront.

Question 8 : Qu’est-ce qui distingue le Petrykivka des autres arts floraux slaves ?

Le Petrykivka se distingue des autres arts floraux slaves par plusieurs caractéristiques fondamentales, qui lui confèrent une identité visuelle et symbolique unique. Bien que de nombreux pays slaves partagent une richesse en motifs floraux — je pense par exemple aux broderies russes de Khokhloma ou de Gorodets, ou aux motifs polonais de Łowicz — le Petrykivka possède une signature inimitable. La première distinction majeure réside dans l’outil et la technique : l’utilisation exclusive du pinceau « koshachka » en poil de chat. Cette particularité permet une finesse et une fluidité de trait inégalées, donnant naissance aux fameux « grains de riz » et aux dégradés subtils qui sont la marque de fabrique du Petrykivka. Les autres arts utilisent des pinceaux plus classiques, avec des effets différents. Ensuite, la palette de couleurs du Petrykivka est particulièrement vive, éclatante, presque exubérante, avec une dominance de rouges, verts, jaunes et bleus sur un fond blanc. C’est une explosion de joie et de vitalité qui reflète la nature généreuse de la steppe ukrainienne. Les compositions sont souvent asymétriques, dynamiques, avec des fleurs et des feuilles qui semblent s’épanouir et s’entrelacer avec une énergie débordante, créant des bouquets luxuriants et des guirlandes qui respirent la vie. Les autres arts floraux slaves peuvent être plus stylisés, plus géométriques ou utiliser des fonds plus sombres, comme le noir du Khokhloma. Enfin, la symbolique du Petrykivka est profondément ancrée dans l’identité ukrainienne, avec des motifs comme la kalyna ou le tournesol qui sont des emblèmes nationaux. C’est cette combinaison de technique unique, de palette vibrante, de composition organique et de symbolisme national qui fait du Petrykivka un art distinct et irremplaçable dans le vaste panorama des arts populaires slaves. Pour en savoir plus, consultez le guide des traditions artisanales Petrykivka.

Objets Petrykivka exposés sur une table — assiettes, vases et cartons peints de motifs floraux ukrainiens traditionnels

Question 9 : Quel avenir voyez-vous pour le Petrykivka malgré la guerre ?

Malgré l’horreur et la dévastation que la guerre inflige à l’Ukraine, je vois un avenir pour le Petrykivka, un avenir de résilience, de renaissance et de rayonnement. Paradoxalement, cette période sombre a ravivé l’intérêt mondial pour notre culture, et le Petrykivka, en tant que trésor national, en bénéficie. Je crois que cet art va connaître une nouvelle ère, non pas seulement en Ukraine, mais aussi à travers la diaspora. Les artisans ukrainiens dispersés partout dans le monde deviennent des ambassadeurs de notre culture, portant haut les couleurs du Petrykivka et le transmettant à de nouveaux publics. Les ateliers, les expositions, les collaborations internationales vont se multiplier, permettant à cet art de s’adapter, d’évoluer tout en conservant son essence. Je vois le Petrykivka s’intégrer davantage dans le design contemporain, la mode, l’illustration, sans jamais perdre son âme traditionnelle. Les jeunes générations, même celles qui grandissent loin de l’Ukraine, vont continuer à s’approprier cet héritage, à le réinterpréter avec leur propre vision, assurant ainsi sa pérennité. La reconnaissance par l’UNESCO en 2013 a déjà posé des bases solides pour sa protection, mais c’est la passion des artistes et l’engagement du public qui garantiront sa survie. Chaque fleur peinte, chaque motif créé est un acte de foi en l’avenir de l’Ukraine. C’est un message d’espoir qui dit que même dans les ténèbres, la beauté et la vie peuvent s’épanouir. Le Petrykivka est un témoignage de la vitalité de notre esprit créatif, une promesse que l’Ukraine, avec ses couleurs et ses traditions, ne sera jamais effacée. Je suis convaincue que cet art continuera de fleurir, plus fort et plus visible que jamais.

Question 10 : Quel conseil donneriez-vous aux Français qui souhaitent découvrir le Petrykivka ?

Aux Français qui sont curieux de découvrir le Petrykivka, je dirais avant tout : ouvrez votre cœur et vos yeux à la beauté et à l’histoire. Ce n’est pas seulement une technique de peinture, c’est une porte ouverte sur l’âme ukrainienne. Mon premier conseil serait de chercher des pièces authentiques. Il y a de nombreux artisans ukrainiens, comme moi, qui vivent et travaillent en France ou qui exportent leurs créations. Acheter directement auprès d’eux, c’est soutenir leur travail, mais c’est aussi s’assurer d’acquérir une œuvre qui porte en elle l’histoire, la technique et l’énergie de l’artiste. N’hésitez pas à poser des questions sur la provenance, la symbolique des motifs, la manière dont la pièce a été réalisée. Chaque œuvre a une histoire à raconter. Mon deuxième conseil serait de, si possible, participer à un atelier. Il existe des cours, même pour débutants, qui permettent de s’initier aux gestes de base du Petrykivka. C’est une expérience incroyablement enrichissante que de tenir un pinceau « koshachka » pour la première fois et d’essayer de créer ces motifs floraux. Cela permet de comprendre la complexité et la beauté de cet art d’une manière très concrète. Vous pouvez chercher des associations culturelles ukrainiennes dans votre région, elles proposent souvent ce type d’activités. Enfin, soyez curieux de la culture ukrainienne dans son ensemble. Le Petrykivka est une partie d’un tout. Lisez des livres, écoutez de la musique, découvrez notre gastronomie. Plus vous comprendrez le contexte culturel, plus vous apprécierez la profondeur et la richesse de cet art. C’est une invitation à un voyage, un voyage au cœur de l’Ukraine, de sa tradition et de son incroyable résilience. Pour approfondir, vous pouvez consulter le guide complet sur la peinture Petrykivka. Pour les autres traditions artisanales slaves vivantes en France, le patrimoine culturel slave en Europe recense expositions et ressources communautaires.


Questions rapides

Votre couleur Petrykivka préférée ? Le rouge carmin, la couleur de la kalyna, du sang et de la vie.

L’objet le plus difficile à peindre ? Une sphère, comme une boule de Noël, car la surface courbe demande une précision et une adaptation constantes.

L’artisane qui vous inspire le plus ? Maria Prymachenko, pour sa liberté, son imagination et la force de son symbolisme.

Le musée où vous emmèneriez un ami français ? Le Musée national des arts décoratifs populaires d’Ukraine à Kyiv.

Un mot ukrainien à retenir ? Mriya (Мрія), qui signifie « rêve » ou « espoir ».


Trois choses à retenir de cet entretien

  1. Le Petrykivka est un art ancestral ukrainien, inscrit à l’UNESCO en 2013, qui se distingue par sa technique unique (pinceau en poil de chat, fond blanc) et sa symbolique florale profonde, emblématique de l’identité ukrainienne.
  2. La guerre de 2022 a transformé la pratique de Natalia Bondarenko en un acte de résilience et de préservation culturelle, augmentant significativement la visibilité et la demande occidentale pour le Petrykivka comme symbole de soutien à l’Ukraine.
  3. La transmission de cet art aux jeunes générations de la diaspora est essentielle pour maintenir vivante la culture ukrainienne et assurer la pérennité du Petrykivka, qui voit son avenir dans l’adaptation et le rayonnement international malgré les défis actuels.