Les traditions textiles slaves partagent un vocabulaire commun : arbre de vie, Bereghinya, losange de fertilité, rosace solaire. Mais chaque pays en a développé ses variantes techniques.
En Biélorussie, les rushniki — serviettes rituelles en lin brodées — accompagnent chaque seuil de la vie paysanne : fiançailles, mariage, baptême, funérailles, icônes dans le « beau coin » de l'isba. Leur broderie rouge compte souvent des motifs réversibles identiques des deux côtés, signature d'une main experte.
En Ukraine, la vyshyvanka — chemise brodée portée comme symbole national — s'orne de motifs régionaux codifiés : rhombes houtsoules des Carpates, fleurs stylisées de Podillia, croix bulgares de Tavrie. Elle se porte encore lors des mariages et, chaque année, de la Journée de la Vyshyvanka en mai.
En Russie, deux traditions : les châles de Pavlov Possad, imprimés à la planche de bois puis cuits depuis 1860, portés en foulard de mariage ou en châle de grand-mère ; et les broderies de maisons (rideaux, taies d'oreiller, podzory) des campagnes de l'Anneau d'or.
En Biélorussie encore, les ceintures de soie de Sloutsk — tissées au XVIIIe siècle pour l'aristocratie polono-lituanienne — atteignaient quatre mètres et portaient des motifs persans stylisés.
Matériaux et techniques
- Lin : support principal des rushniki, de la vyshyvanka et des podzory. Grain irrégulier sur les pièces faites main.
- Soie : réservée aux ceintures de Sloutsk et aux châles les plus raffinés.
- Broderie point de croix : dominante pour les rushniki et la vyshyvanka.
- Impression à la planche de bois : procédé des châles de Pavlov Possad, héritage des textiles imprimés européens du XVIIIe siècle.
- Tissage à la main : base des ceintures de Sloutsk, au métier à la jacquard adapté dès 1780.
Musées
Musée national d'art populaire de Biélorussie à Raoubitchy (rushniki), Musée Ivan Hontchar à Kiev (vyshyvanka et rushniki ukrainiens), Musée de Pavlov Possad (châles), Musée d'État de Biélorussie à Minsk et Musée de la Ceinture de Sloutsk à Sloutsk.